Il flotte un parfum de tristesse dans mon quartier ce matin. La rumeur est devenue réalité. Les déménageurs sont à l'oeuvre. Voilà des mois que le bruit courait, un des derniers jardins privatifs et sa grande maison vont être rasés. Un immeuble et sa cinquantaine de logements vont les remplacer. Coupés Déracinés les arbres fruitiers, arrachées déchiquetées les haies, déterrés écrasés les jolis arbustes taillés. Petit à petit, les restes du vieux village sont grignotés. J'en suis désolée. Je ne voulais pas voir ça, et pourtant, je suis toujours là. Il me reste le joli jardin, de l'autre côté, celui que j'observe tous les matins derrrière le fameux rideau rouge, aux couleurs des saisons, aux oiseaux visiteurs. Mais pour combien de temps. Son propriétaire est bien âgé, son épouse toute voûtée. Ils n'apparaissent plus que rarement dans les allées du jardin, ils ne cultivent plus leurs tomates et débroussaillent peu leur terrain. Les p'tits oiseaux chantent encore mais il flotte un parfum de tristesse dans mon quartier ce matin.