Vendredi 7 mai 2010

Destruction de nids d'hirondelles et de martinets : la biodiversité en danger

Comme chaque année, de nombreux appels signalent à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) des destructions illégales de nids d’hirondelles et de martinets. La protection de ces oiseaux a pourtant été confirmée par un arrêté datant du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire. Cette mortalité intentionnelle s’ajoute à celle, naturelle et regrettable, que connaissent actuellement les hirondelles, dans de nombreuses régions de France, en raison des chutes de neige.

Des chutes de neige tardives en Auvergne, en Dordogne et dans le Limousin, entraînent actuellement une mortalité exceptionnelle des hirondelles, notamment des adultes en train de couver, qui souffrent du froid et ne trouvent plus d’insectes pour se nourrir, et par voie de conséquence, des premiers jeunes. La LPO et son réseau ont déjà reçu plusieurs dizaines d’appels pour signaler ce type de cas. Ce phénomène est un épisode temporaire et naturel, qui cessera avec la remontée des températures. Il en est bien autrement de la destruction illégale des nids !

En effet, si nous sommes nombreux à guetter le retour de migration des hirondelles et des martinets, pour certains, ces oiseaux constituent une gêne, en raison des salissures que leurs déjections peuvent laisser sur les façades des maisons, des immeubles, dans les dépendances ou les étables où ils viennent nicher. Pour régler le problème, ils détruisent alors leurs nids ! D’autres nids sont réduits à néant au cours de travaux d’entretien d’immeubles ou de réhabilitation de quartiers, réalisés par certaines administrations publiques, qui sont pourtant sensées connaître la loi protégeant ces oiseaux !

En effet, toutes les espèces d’hirondelles, des plus communes au plus rares, sont protégées par la loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature, aujourd’hui codifiée par le code de l’environnement et un récent arrêté ministériel datant du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l’ensemble du territoire. Les martinets sont également protégés par la loi de 1976. Il est donc interdit de porter atteinte aux individus, à leurs nids et à leurs couvées. Dans le cas des hirondelles, par exemple, tout auteur d’une infraction est passible d’une amende de 9 000 euros et d’une peine d’emprisonnement de six mois.

Pourtant, des solutions existent pour faciliter une cohabitation harmonieuse de l’homme avec ces oiseaux. Afin d’éviter les salissures sur les façades, il suffit de placer de petites planchettes en-dessous des nids, ces dernières pouvant également éviter aux jeunes de tomber au cours du nourrissage. Pour la rénovation des bâtiments, il est préférable d’entreprendre les travaux de septembre à mars, en dehors de la saison de nidification qui s’étend d’avril à fin août.

Malgré toutes ces précautions, si vous êtes témoin d’atteintes portées à ces oiseaux, vous pouvez agir directement :

  • Dans un premier temps, vous pouvez intervenir auprès des personnes responsables en tentant de les sensibiliser à la sauvegarde des nids ;
  • Si ces personnes ne se montrent pas coopératives ou s’il y a urgence, vous pouvez alerter l’ONCFS (Office nationale de la chasse et de la faune sauvage), la police ou la gendarmerie nationale. Seuls ces organismes assermentés peuvent dresser un procès verbal d’infraction.
  • Vous pouvez également vous adresser à la LPO qui pourra tenter une démarche amiable à vos côtés, et, le cas échéant, se porter partie civile.

La protection de ces fragiles oiseaux migrateurs participe d’une action citoyenne. Il appartient donc à chacun de nous, sur la base d’une démarche simple et concrète, d’être vigilant et de veiller à la sauvegarde de ces ambassadeurs du printemps. Il est également du devoir de l’Etat, en cette année de la biodiversité, de faire appliquer la loi ! 

Allain Bougrain Dubourg
Président de la LPO